Affichage des articles dont le libellé est S'inspirer. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est S'inspirer. Afficher tous les articles

jeudi 11 juin 2020

(Vue de l'esprit)




Les grandes tiges de chicorées échappées belles d'1m60 vont bientôt se parer de leurs attrayantes fleurs bleu azur.
Elles sont choisies pour le gîte et le couvert des colonies de pucerons, qui boudent le jeune prunier greffé juste à côté.
Une larve de coccinelle qui se régale à son tour se trouve aussi dans ce plan trouble... Combien de temps va-t-il durer avant l'intervention des fourmis ? Il y a temporairement de la place pour tout le monde.


dimanche 22 mars 2020

Ceci n'est pas un objet, je suis en relation, nous sommes en relation




Petite lecture au calme :

"L'intersubjectivité, le *O mitakuye oyasin* des Lakota, traduit aussi par "avec moi sont tous les miens" et simplifié par : " tout est relié". Une vision qui n'a rien d'intellectuelle, mais qui est vécue au quotidien.

"A la différence de l'interdépendance, qui se limite à une logique de cause à effet entre "moi" en tant que sujet, et le monde, l'autre, qui devient objet (et donc à une dépendance d'un sujet (moi) à un objet (l'autre, la nature), la vision intersubjective contient la conscience de l'expérience de l'autre. Et elle sait que tout ce que le sujet "je" fait et dit, a un effet sur un autre sujet. Autrement dit, tout est sujet plutôt qu'objet. L'autre, qu'il soit humain ou pas, n'est pas une chose inerte. Une perception traduite dans la langue des Kagaba par l'absence de "je", ou encore dans la langue des Tojolabal du Mexique par l'absence, dans sa structure grammaticale, de complément d'objet : ce sont deux sujets qui entourent le verbe, expliquait le théologien, philosophe et linguiste Carlos Lenkersdorf, qui vécut de nombreuses années à leurs côtés. Ainsi, pour dire : "Je t'ai dit", le tojolabal dirait : "J'ai dit, tu as écouté." Une structure qui traduit un rapport au monde où chacun est sujet, jamais subordonné, et toute relation, intersubjective. "Dans la société intersubjective, décrit le linguiste au sujet des Tojolabal, du fait que les autres sont aussi sujets, c'est-à-dire nos frères qui ont un coeur comme nous, il n'est pas possible de les convertir en objets qui font obstacle à notre liberté et qui s'opposent à elle. La liberté ne s'obtient pas en opposition à eux mais en collaboration avec eux. La communauté ne fait pour eux nullement obstacle à la vie en liberté, mais au contraire, c'est la vie en communauté qui octroie la liberté à ceux qui sont bien unis." A noter qu'en tojolabal (comme en kagaba), il n'existe pas de mot pour dire "ennemi", et que pour dire : "Je pense", ils disent : "Mon coeur dit.""

In Frederika Van Ingen, Ce que les peuples racines ont à nous dire.


samedi 12 octobre 2019

Conférence foisonnante


Conférence de Vincent Verzat, de Partager c'est sympa, à écouter, vraiment ❤️... Il faudrait organiser des projections.

Bribes :

"Il faut qu'on soit notre auto-système de référencement par rapport à la nécessité d'agir. Et qu'on puise du soutien dans une plus grande partie de la population." (...) "Un réseau de soutien plus fort que la peur qu'ils vont essayer de mettre en nous." ;

"Il y a des gens qui se retirent volontairement de l'emploi et qui construisent patiemment un rôle dans la société qui ne soit pas employable (...), qui ne va pas être acheté." ;

"On nous a au confort -> impliquer le sens. (...) Questionner ce confort."

Et plein, plein de trucs !




vendredi 6 septembre 2019

Ouvrir son jardin



QUELQUES PROPOSITIONS DE LECTURES POUR "OUVRIR SON JARDIN"...


Ce sont des livres de réappropriation... 
de nous-même,
du monde que nous habitons du-dedans, à même la terre que nous foulons,
de la relation,
de notre "pouvoir"...
Il n'y a volontairement pas de livres de jardinage pratique ni d'ouvrages sur l'autonomie ou la permaculture, il y en a tellement de bien, et déjà recensés ailleurs :)
Ce sont des livres à lire et relire et relire, ils accompagnent à chaque fois notre regard renouvelé dans ce monde protéiforme et toujours en mouvement, ils infusent au gré de l'expérience éprouvée.



Photo de goupe !






Abram, David, Comment la terre s'est tue, Pour une écologie des sens, Les Empêcheurs de Penser en Rond, La Découverte (The spell of the sensuous, paru en 1996) : philosophe - prestidigitateur : comment s'est-on abstrait du monde sensible. Une phrase (en fin d'ouvrage) : "Planter les mots, comme des graines, sous les rochers et les arbres tombés au sol - permettre au langage de prendre racine, à nouveau, dans le silence de la terre, de l'ombre, de l'os et de la feuille."





Clément, Gilles, Où en est l'herbe ?, Réflexions sur le Jardin Planétaire, Textes présentés par Louisa Jones, Actes Sud, 2006 : recueil de plusieurs textes de ce jardinier - paysagiste - écrivain - artiste... qui a construit sa maison dans la Creuse. Un court extrait de La friche apprivoisée (1985) : "Ce qui est dit dans la friche résume toute la problématique du jardin ou du paysage : le mouvement. Ignorer ce mouvement, c'est non seulement considérer la plante comme un objet fini mais c'est aussi l'isoler historiquement et biologiquement du contexte qui la fait exister. Cela conduit fatalement à une utilisation plastique de type "alibi". Le temps ronge les alibis : il y a comme ça des pans de murs et des alignements d'arbres accrochés au paysage de manière un peu désespérée, juste pour alerter une mémoire, interroger une émotion, solliciter une nostalgie. J'aime les friches parce qu'elles ne se réfèrent à rien qui périsse. En son lit, les espèces s'adonnent à l'invention. La promenade en friche est une perpétuelle remise en question car tout y est fait pour que soient déjouées les plus aventureuses spéculations."





Deru, Pascal, 64 Jeux d'écoute, de confiance et de coopération, Le Souffle d'Or, 2018 : Cela commence ainsi : "Dans le mot animateur, il y a le mot latin animare : donner de la vie - mais aussi le mot anima : souffle vital, âme. Qui serais-je dans mon métier si l'invitation à jouer ne menait pas les femmes et les hommes dont je suis responsable à grandir en confiance, en écoute mutuelle, en tendresse ? Faire jouer est une mission pleine de sens."





Fukuoka, Masanobu, La révolution d'un seul brin de paille, Une introduction à l'agriculture sauvage, Guy Trédaniel Editeur (The one straw revolution, an introduction to natural farming, paru en 1978) : le témoignage très singulier d'un agriculteur - philosophe japonais qui a beaucoup partagé son expérience, et sa méthode d'agriculture du "non-agir", d'inspiration taoïste. Un paragraphe en fin d'ouvrage : "Les autres animaux combattent mais ne font pas la guerre. Si l'on dit que faire la guerre, qui repose sur les idées de fort et faible, est un "privilège" spécial de l'humanité, la vie est alors une farce. Ne pas savoir que cette farce est une farce - là git la tragédie humaine."





Krishnamurti, Jiddu, Le livre de la méditation et de la vie, recueil avec un texte par jour de l'année sur la plupart des thèmes abordés par Krishnamurti ; Mettre fin au conflit, pour lire une série complète de causeries qui ont eu lieu en 1947. Une phrase : "Essayez-le, faites-en l'expérience et vous verrez combien cela est extraordinaire, combien extraordinaire est la qualité créatrice de la compréhension de ce qui est."





Lenoir, Eric, Petit traité du jardin punk, Apprendre à désapprendre, Terre vivante, 2018 : paysagiste - pépiniériste qui fait des chouettes photos. C'est réjouissant ce genre de partage de petites idées : "Parfois, la transgression peut aussi prendre la forme de la protection : un magnifique massif de fleurs sauvages pousse dans le fossé devant chez vous et risque de passer sous l'épareuse d'ici peu ? Rendez-le inaccessible en le protégeant par des roches, des piquets ou, plus malicieusement, nettoyez ses alentours pour dissuader l'employé de la voirie d'y voir une nuisance."





Macé, Marielle, Nos cabanes, Verdier, 2019 : "La terre se fait entendre, le parlement des vivants demande aujourd'hui à être élargi. Elargi à d'autres voix, d'autres intelligences, d'autres façons de s'y prendre pour vivre ; élargi bien sûr à des modernités non occidentales ou à d'autres résistances à la modernité (...) ; mais élargi aussi aux bêtes, aux océans, aux pierres, qui ne parlent pas mais qui n'en pensent pas moins." (et contient plein de références bibliographiques pour continuer à lire...)





Macy, Joanna ; Brown, Molly Young, Ecopsychologie pratique et rituels pour la Terre, Le Souffle d'Or (Coming back to life, Practices to reconnect our lives, our world, paru en 1998) : exercices pratiques qui favorisent l'émergence, pour travailler en groupe sur le désespoir et la réappropriation de son pouvoir (Despair and Empowerment), devenu "le travail qui relie" (the work that reconnects) : "Nous n'avons pas besoin de réprimander les gens, ni de les manipuler pour qu'ils ressentent ce que nous pensons qu'ils "devraient" ressentir, s'ils avaient plus de moralité ou de grandeur d'âme. Simplement, nous nous aidons mutuellement à découvrir ce qui est déjà là. Seule l'honnêteté est nécessaire."






McCurdy, Robina, Faire ensemble, Outils Participatifs pour le Collectif, Passerelle Eco, 2013 : "Faciliter", "Mandala holistique", "Biorégion"... Des concepts qui ne sont que des outils pour nous aider à faire ensemble - cette condition incontournable -, de façon très pratique. Extrait choisi : "C'est cet apprentissage intime qui rend le lieu perceptible dans la culture, la culture anthropologique cédant ainsi la place à une culture synesthésique. S'approprier une biorégion implique d'être sur place pour apprendre du territoire, y être chez soi, en assumer la responsabilité et bien le traiter. C'est un facteur essentiel d'une société soutenable."





Rosenberg, Marshall B., Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), Initiation à la Communication NonViolente, La Découverte, paru initialement en 1999 (NonViolent Communication : A language of Life) : "Je me contentais de recevoir ses paroles, non comme des attaques, mais comme un don de l'un de mes semblables qui cherchait à me faire partager ses rancoeurs et son profond sentiment de vulnérabilité. Une fois qu'il se sentit compris, il fut à même de m'écouter tandis que j'exposai les raisons de ma visite au camp."





Starhawk, Rêver l'obscur, Femmes, magie et politique, Cambourakis (Dreaming the dark, Magic, sex and politics, paru en 1982) : sorcière active qui a bien pointé la culture de la domination et de la mise à distance contre l'immanence ; le "pouvoir-sur" vs. le "pouvoir-du-dedans", "People often ask me if I believe in the Goddess. I reply, "do you believe in Rock ?" (...) We do not believe in the Goddess, we connect with Her" (in The Spiral Dance). Une phrase du livre, pendant le blocus de la centrale nucléaire de Diablo Canyon, les femmes arrêtées sont détenues dans le vieux gymnase de California Men's Colony - une prison : "Mais nous dansons, car après tout c'est ce pour quoi nous nous battons : pour que continuent, pour que l'emportent cette vie, ces corps, ces seins, ces ventres, cette odeur de la chair, cette joie, cette liberté."





Thich Nhat Hanh, Semer les graines du bonheur dans le coeur des enfants, Initiation ludique à la pleine conscience, Le courrier du livre (Planting seeds. Practicing Mindfulness with children, paru en 2011) : exercices pratiques pour s'inspirer. Extrait : "Traîner avec un enfant, c'est tout simplement être avec un enfant. C'est laisser l'enfant nous révéler qui il est : comment il parle, comment il se déplace dans l'espace, à quoi il veut jouer ; c'est découvrir sa voix, son sourire, son visage avec toutes ses expressions, ses rêves, son être tout entier."





Thoreau, Henry David, Walden, Le mot et le reste (publié initialement en 1854) : "Le prix d'une chose, c'est la quantité de ce que j'appellerai vie qu'on doit donner en échange, sur-le-champ ou plus tard." ; "C'est seulement lorsque nous sommes perdus, autrement dit lorsque nous avons perdu le monde, que nous commençons à nous trouver, et à comprendre où nous sommes, ainsi que l'étendue infinie des liens qui nous y rattachent."





Tolle, Eckhart, Le pouvoir du moment présent (The power of now, paru en 1999) ; Nouvelle Terre (A New Earth, paru en 2005) ; L'art du calme intérieur (Stillness speaks, paru en 2003) : "L'ennui, la colère, la tristesse ou la peur ne sont pas "à vous" ; ils n'ont rien de personnel. Ce sont des états d'esprit. Ils vont et viennent. Rien de ce qui va et vient n'est vous. "Je m'ennuie." Qui sait cela ? "Je suis en colère, je suis triste, j'ai peur." Qui sait cela ? Vous êtes le fait de connaître et non l'état connu." ; "Le temps est la dimension horizontale de la vie, la couche de surface de la réalité. Mais il y a la dimension verticale de la profondeur, qui vous est accessible seulement par la porte du moment présent." ; "Dans cet état de présence, votre mental est libre de tout concept, y compris celui de la non-violence. Alors, qui peut prévoir ce que vous ferez ?"





Tsing, Anna, Le champignon de la fin du monde, Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme, Les Empêcheurs de Penser en Rond, La Découverte (The mushroom at the end of the world : On the possibility of life in capitalist ruins, paru en 2015) : sociologue - cueilleuse de champignons, en fin d'ouvrage : "C'étaient les communs latents faits de mauvaises herbes, les "lieux vacants" qui hantent les histoires de progrès et qui sont si souvent perçus comme dénués de valeur. Mais, pour nous, ils regorgeaient d'intérêt. Nous nous sommes gavés de baies que nous offraient les ronces et sommes partis en quête de petits champignons. Nous avons suivi la piste des chèvres et examiné les fleurs. Elle expliquait ce qu'était chaque chose et comment les gens les utilisaient. C'était ce type même de curiosité que Tanaka-san voulait développer chez les enfants de sa ville. Les vies multispécifiques en dépendaient. Sans plus d'histoires de progrès auxquelles se raccrocher, le monde est devenu un endroit terrifiant. Ce qui est ruiné nous reproche l'horreur de son abandon. On ne sait pas trop comment continuer à vivre et encore moins comment éviter la destruction planétaire. Heureusement, on trouve encore des alliés, humains et non humains. On peut encore explorer les bords broussailleux de nos pays désolés, qui sont autant les bords de la discipline capitaliste, de la scalabilité et de plantations abandonnées. On peut encore capter la senteur des communs latents et cet arôme d'automne insaisissable."





Vidalou, Jean-Baptiste, Être Forêts, Habiter des territoires en lutte, Zones, La Découverte, 2017 : philosophe - bâtisseur en pierres sèches : un monde dessiné depuis en haut vs. habiter un territoire, en fin d'ouvrage : "Entre connaître et être de connivence, il y a tout l'écart entre un savoir universel sur le monde, réparti d'avance, foncièrement homogène, et des liens qui s'agencent, à même la rencontre, à même les usages, révélant une plurailté toujours hétérogène. Le propre de la connivence est de ne pas s'extraire du monde. Au lieu d'objectiver le rapport, elle le replie sur lui-même et le rend intime, complice, immanent. Entre les lieux, entre les êtres, les usages, les bêtes, les plantes, le paysage. Marcher en forêt, y couper du bois de chauffage (...), de construction ou d'ébénisterie, trouver les arbres d'une future charpente, glaner des branches mortes, ramasser les champignons ou les châtaignes, chasser, cueillir des plantes, transformer en pleine ville une friche en un jardin-forêt, ou une jungle dans un jardin ouvrier, construire des cabanes, y tenir réunion, se battre avec elle, la faire surgir au coeur de la métropole, être forêts... Cela s'éprouve, cela s'éprouve sensiblement, sur un mode tel que la vie ne peut plus être séparée des êtres et des choses, et y acquiert ainsi une toute autre consistance. "Je" ne suis qu'à travers le "monde" qui m'affecte, et réciproquement."





Zürcher, Ernst, Les arbres entre visible et invisible, Actes Sud, 2016 : en début d'ouvrage : "L'arbre, géant de l'espace et du temps, enraciné dans le ciel et dans la terre, mémoire des siècles et source de vie, ami de toujours, attend... que l'homme s'arrête, qu'il le regarde et qu'il lui dise : "Continuons ensemble !".


dimanche 1 septembre 2019

Greener, grimer




La période est propice à diffuser ce percutant texte de Jean-Baptiste Vidalou, issu d'"Etre forêts" paru en 2017. 
Ce que représente l'extraction de matière qui bouffe notre habitat, la Terre.
Il n'existe pas d'énergie utilisée dans nos réseaux qui ne vienne pas de là.
La fin, "Nous sommes le vent, Somos Viento", annonce la suite.

"Que nous ayons, nous, ici en Occident, la sécurité et le confort d'une certaine gamme de choix - énergétiques ou affectifs - n'est possible que parce que tout est traité comme du gisement, mais du gisement qui ne se voit pas, ou plutôt qui ne doit pas se voir. (...)

La forêt, transformée en biomasse par la production d'électricité verte, à grand renfort de subventions européennes, n'est possible que par l'existence de stock de bois "ponctionnés" au Canada, au Brésil, et dans un rayon de 400 km autour de la centrale de Gardanne. Le phénomène est le même avec les myriades d'éoliennes industrielles, fer de lance de la transition énergétique, qui colonisent de plus en plus les territoires. Sait-on que chacune a besoin pour fonctionner de tonnes de cuivre et de pas moins de 600 kg de "terres rares", disprosium et autre néodyme des aimants du rotor, extraits et traités en Chine dans les pires conditions ? Baotou, cité chinoise où ces terres sont traitées, a été renommée par les habitants la "ville du cancer". En une contraction spatiale hallucinante, il y a là notre époque tout entière ramassée. Ici de l'énergie verte, des citoyens smart et à l'autre bout de la Terre des mines à ciel ouvert et des hommes qui crèvent à extraire des métaux pour les équipements et applis smart des mêmes citoyens smart.

Nucléaire + pétrole + charbon + éolien + solaire + biomasse, voilà l'addition qu'il faudra un jour payer. Il n'y a pas de transition énergétique, il n'y a qu'une même logique qui partout ordonne : extraire, extraire, extraire. La France n'a jamais autant brûlé de charbon pour produire de l'électricité qu'aujourd'hui où sa consommation monte en flèche. Comme le montrent les historiens de l'énergie, le charbon n'est pas une énergie plus "ancienne" que le pétrole ou les renouvelables, elle s'y ajoute. L'histoire de l'énergie n'est pas une histoire de transition mais d'intégrations successives. Pas de smart phone, pas d'écran led, pas d'Internet, pas de clouds, pas de réalité augmentée, pas d'imprimante 3D, pas de smart city, pas d'aéroport, pas de voiture connectée, pas de data center, bref pas d'éco-nomos sans cette circulation gigantesque d'énergies. Pas d'information "propre et transparente" sans cette extraction crasse. C'est de notoriété publique : pour "verdir le réseau, greening the grid", Google Green, via le marché des crédits carbone, investit dans la replantation, le solaire, la méthanisation ou les éoliennes. De quoi compenser la "décapitation" de montagnes entières dans les Appalaches en Virginie, dans le but d'extraire du charbon en quantité astronomique et de fournir ainsi en électricité les systèmes de refroidissement pour ses ogres énergivores que sont ses data centers en Caroline du Nord ? Quel lien entre une plantation d'eucalyptus clonés en Inde, une mine de charbon à ciel ouvert et un data center qui servira en retour à accueillir les données de la cartographie de la déforestation, sinon l'économie elle-même ?

Des chaînes de production aux plates-formes des réseaux sociaux, les ingénieurs de ce monde gèrent des fonds, ils extraient des ressources. Mais cela n'est pas sans rencontrer des mouvements de résistance qui entendent, eux, ne pas "se faire extraire". Partout, des gens se trouve physiquement en butte aux entreprises qui voudraient les voir rayés de la carte pour accéder à leur territoire et à leur sous-sol, à coups de gaz lacrymogène, d'intimidations, d'enlèvements, de meurtres. Pour ces gens, ces peuples s'organisent et luttent de manière déterminée contre une idéologie prédatrice, notamment dans les pays où les mines et l'exploitation forestière ne se sont jamais arrêtées de "tailler les veines" de l'Amérique latine. En Argentine, au Pérou, en Bolivie, au Brésil, au Mexique où les ressources s'amplifient malgré la répression sanglante. La cible de ces actions de résistance est l'industrie extractiviste, premier maillon des chaînes opérationnelles de tout notre économie. C'est le fait principal que la critique s'obstine à ne pas voir, parce qu'il ramènerait ses hautes envolées indignées sur le sol dur de l'organisation matérielle de notre époque. Les écologistes eux-mêmes se sont délestés de cette vérité trop lourde, préférant les sphères climatisées de la "bonne gestion". À un niveau très matériel, et à même la Terre, le voilà pourtant le chiffre de la domination de l'économie, le voilà pourtant le nouveau nomos : 70 milliards de tonnes. 70 milliards de tonnes de matières extraites par an ! Par le menu, cela donne : 4,5 milliards de tonnes de pétrole, 3479 milliards de m3 de gaz, 7,8 milliards de tonnes de charbon, 3,2 milliards de tonnes de minerai de fer, 220 millions de tonnes de roche phosphatée, 234 millions de tonnes de bauxite, 35 millions de tonnes de potasse, 29 millions de tonnes de chrome, 18,7 millions de tonnes de cuivre, 18 millions de tonnes de manganèse, 13,3 millions de zinc, 5,5 millions de tonnes de plomb, 2,4 millions de tonnes de nickel, 2 millions de tonnes d'amiante, 296 000 tonnes d'étain, au moins 110 000 tonnes d'oxyde de terres rares, 59 500 tonnes d'uranium... sans compter les morts-terrains, les stériles, les résidus, la déforestation, et les sols perdu par l'érosion. C'est l'addition, si l'on peut dire, qu'il nous faut payer chaque année pour fournir en "ressources naturelles" les chaînes de production de ce monde, tous secteurs confondus. 70 milliards de tonnes ! Cela pourrait déjà donner le tournis, mais, pire, ce montant a quelque chose de cataclysmique. Un saut a été franchi dans l'histoire de l'humanité. Un saut en quantité mais aussi en intensité, aucune partie de la planète n'étant désormais à l'abri des mines, des puits, de l'exploitation de gisements et de la déforestation pour simplement "accéder" à ces mines. Conjointement à la "sanctuarisation" de zones naturelles, la ruine de la Terre devient partout la règle. 

La France lorgne le sous-sol marin de ses colonies polynésiennes pour prospecter des gisements de terres rares, essentielles à la troisième révolution industrielle puisqu'elles rentrent dans la composition de toute l'informatique. Le Danemark, la Suède, l'Australie, les États-Unis, tout le monde veut sa part du gâteau et est prêt à tout pour exploiter son propre sous-sol ou ses fonds marins afin de seulement espérer "bousculer le monopole de la Chine" dans la production de terres rares. Il n'est plus seulement question d'aller piller les ressources dans les "dernières frontières", comme on le disait des mines des pays du Sud, mais encore dans les "pays développés" eux-mêmes. Ce fut le cas d'ailleurs dès l'aube de la révolution industrielle, où le développement de l'extraction des mines de charbon en Europe a été intrinsèquement lié à ces "hectares fantômes", c'est-à-dire aux terres exploitées des colonies qui permettaient un surplus de matières premières. Le rapport colonial est sans doute aujourd'hui plus homogénéisé. Ceux qui se sont penchées sérieusement sur la question extractiviste le disent sans ambiguïté : c'est à présent la Terre entière qui est devenue la colonie. Et les mines s'ouvrent partout. 

Ce stade "obsessionnel de l'extractivisme", comme le dit très bien Anna Bednik, donne à notre époque l'image psychotique d'un monde coupé du réel, un monde mobilisé à produire des machines qui extraient les matières premières pour la fabrication d'autres machines, fabricant à leur tour d'autres machines... mais sans que jamais l'origine de cette gigantesque machinerie n'apparaisse telle quelle : un désastre. En économie, on a le sens de l'oxymore. On appelle ça un "découplage". Entendez le découplage entre la croissance et l'extraction, le découplage entre l'économie et ses impacts. On ne pouvait mieux trahir une aussi totale désincarnation.

Malgré sa retenue toute "diplomatique", Bruno Latour a le mérite de pointer que la frénésie extractiviste actuelle repose sur une ligne de front entre ce qu'il appelle les Terrestres et les Humains. En gros, la division passe entre ceux qui sont liés un territoire, à la Terre, et ceux qui planent dans les sphères de la gouvernance, tout à la fois managers planétaires et nouveaux colons. Reprenant le texte de Schmitt sur le nomos, il note ceci : "Schmitt se trompe en disant que les humains n'ont pas trouvé de nouvelles terres. Celles qu'ils ont exploitées avec la même frénésie, la même violence que le Nouveau Monde ne se trouvent pas entre la Terre et la Lune et ce n'est pas en fusée qu'elles furent abordées, elles se trouvaient sous la surface de la Terre, et si les États ont pu y plonger la main pour atténuer leurs rivalités tout en les exacerbant, c'est par puits de mine, exploration, forage, extraction et fracking. On pourrait même dire que le charbon, le pétrole et le gaz sont bel et bien un "corps céleste nouveau", si l'on se souvient qu'il s'agit du soleil capté par les vivants dont les restes furent ensuite sédimentés dans les roches. Le voilà leur nouveau Nouveau Monde. Et c'est bien comme une res nullius et sans le plus petit scrupule que ce continent nouveau a été saisi : Drill, baby, drill ! Forez, les gars, forez !"

Ce nouveau nomos de la terre qu'est l'extractivisme ne s'applique pas seulement au gaz et au pétrole mais bien à tous les gisements disponibles. C'est la nouvelle religion de la transition énergétique ou de ce que Latour appelle justement l'"idéal des écomodernistes, de ceux qui prétendent être les bons intendants, les majordomes sérieux, les jardiniers avisés ou les intendants attentif de la Terre", bref l'utopie de ceux qui espèrent devenir les ingénieurs de la planète. Le grand récit de la transition en a fait son credo : partout doivent être mobilisés gisement éolien, gisement solaire, gisement de biomasse, gisement de méthanisation, gisement d'innovation dans l'isolation des bâtiments, etc. Car ces bons gestionnaires, qui vendent tous les jours leur récit du développement durable, qu'espèrent-ils finalement, de quoi rêvent-ils, sinon d'être aux commandes du système-Terre, d'en être enfin les pilotes ?

Gouverner au plus près les êtres, les choses, les corps et les esprits, gouverner à même la réalité physique du monde, son sol mais aussi son atmosphère, l'air que nous respirons - mais gouverner depuis un point de vue totalement étranger au monde. Sauf qu'on a de plus en plus de mal à croire en cette profession de foi de " bonne gouvernance", tant experts et contre-experts semblent si dé-terrestrés. Que la COP21 se soit tenue, en décembre 2015, avec ses 40 000 participants, à l'aéroport du Bourget, lieu annuel du Salon de l'aéronautique et de l'espace, en dit assez long sur la trajectoire orbitale de cette coterie.

C'est le piège sordide du discours écologiste que de s'indigner de la déforestation des forêts tropicales ou de l'extraction des gaz de schiste tout en prêchant partout la transition énergétique, de s'indigner de la perte des valeurs humanistes sans voir que c'est précisément au nom de l'Humain, ou plutôt d'une "certaine caste d'humains", qu'une guerre est menée au reste du vivant. Ces gens-là concluront par quelque décision pour "sauver l'environnement" alors qu'il s'agit toujours et avant tout de sauver l'économie. En vérité, il n'y a rien à sauver là-dedans. Car c'est bien cette idée d'un "environnement-global-à-gérer" qui est notre propre extraction hors du monde. La mise en surplomb de nous-mêmes, comme si nous nous regardions, depuis une navette à des milliers de kilomètres du sol, en train de fourmiller sur la croûte terrestre. Lorsque les gestionnaires parlent d'"écosystème”, de "biosphère", de "machine thermodynamique", de "système-Terre", quelle langue parlent-ils ? Toujours seulement celle qui nous saisit comme extérieurs au monde. L'environnement reste précisément aux environs, à l'extérieur, incapable de constituer un monde sensible. Là réside toute la différence éthique entre avoir un environnement et habiter un monde. La différence entre des normes et des usages. Entre un panneau en plexiglas "Parc national des Cévennes. Zone de protection" et des cueilleurs de plantes, de champignons, des chasseurs, des bergers, des glaneurs de bois. Entre une abatteuse-groupeuse et un bûcheron. La différence entre des plans d'aménagement et des sentiers parcourus de cabanes ou de barricades. Entre des cartes d'ingénieurs et des paysages vécus.

La chose est tout de même étrange : on n'aura jamais autant parlé de "transition", de "croissance verte", de "climat", qu'à l'heure où le monde se réduit à de purs calculs comptables. Combien d'hectares de forêts, combien de tonnes de palettes, de bois résiduels, de poussière de charbon, pour produire de l'énergie "propre" ? Combien d'espèces déplacées pour réaliser un aéroport à "haute qualité environnementale" ? Vues depuis nos existences mêmes, ces abstractions se montrent totalement impuissantes à saisir les usages qui nous lient aux êtres et aux choses, radicalement inaptes à révéler ce à quoi nous tenons. Peu importe par quel bout on prend ce conglomérat idéologique, c'est le même rapport détaché, extra-terrestre au monde. Qui a jamais habité dans l'environnement ? Une harde de sangliers se déplace sur des tracés qu'elle saisit comme étant son lieu de vie propre ; elle habite certainement un territoire plein de repères, d'affects, de sentes, elle n'habite pas dans l'environnement. Des occupants d'une ZAD qui construisent des cabanes vivent ensemble, s'organisent matériellement, se défendent d'un même élan, ils habitent un certain espace de la lutte, ils n'habitent pas dans l'environnement. S'il existe un peuple de la forêt, un peuple du vent, il n'est pas certain qu'il se reconnaissent dans cet environnement-là, pas plus que dans les strass de la gouvernance mondiale.

Les communautés de pêcheurs mexicains de l'isthme de Tehuantepec qui luttent contre l'extractivisme éolien, la lutte des Indiens du Guerrero pour sauver leurs forêts des tirs croisés de la déforestation et de la préservation des parcs, le peuple Nasa dans les montagnes du Cauca en Colombie qui tente de récupérer des milliers d'hectares de terres agricoles contre des grands propriétaires terriens - et c'est à coups de pierres et de cocktails Molotov qu'ils se défendent face à des tanks et des paramilitaires -, ces peuples-là, les nôtres, ne s'avancent pas à la table des négociations planétaires, ne veulent pas définir leur existence en termes environnementaux ou législatifs. Ils s'avancent et s'insurgent pour sortir de cette abstraction hors sol. La force de ces mouvements est précisément de partir de leur force tellurique, à même la Terre, avec d'abord la consistance de leur vie pour lutter. Et ne pas se fantasmer en représentants toujours-déjà défaits d'une fiction juridique, d'une nouvelle institution. Depuis là où nous vivons, faire croître les puissances qui sont déjà là, les faire s'entre-engendrer - voilà notre seule vérité commune : " Nous sommes l'air de l'isthme, nous sommes les cognements des barques qui ramènent du poisson à la maison, sur nos terres nous sommes libres comme le vent. Face aux promoteurs éoliens nous ne partirons pas d'ici. Nous sommes le vent."


mercredi 19 juin 2019

Remuante vie d'eau calme



Bichonnage de mare.
Vu petite couleuvre, crapauds, rainettes vertes... Et aussi une belle limace léopard.
Les guêpes boivent tout leur saoul et ont d'autres chats à fouetter que de venir nous asticoter quand nous sommes en train de becter.
Tout le monde vient boire à la mare, moins besoin de prendre le jus des fruits des arbres.
Bistrot de quartier, chacun ses heures, lieu de rencontres, toujours une scène à mater.
Remuante vie d'eau calme.

___

[La prohibition :  ]

"Si l'on veut saisir en son coeur l'offensive que les économistes ont livrée aux terres communales, il faut revenir à la seconde moitié du XVIIIe siècle. Car c'est, une fois de plus, à ce moment précis qu'un certain nombre de stratégies se dessinent quant à la mise en calcul d'un monde qui devra être aménagé jusqu'en ses parcelles les plus infimes. On sait que c'est à cette époque que les défrichements des forêts font rage, en même temps que le dessèchement et l'aménagement des zones humides. L'usage collectif de ces zones humides avait eu de tout temps une importance capitale pour les communautés paysannes. En dépendaient l'accès à l'eau, les différentes techniques d'irrigation, la pisciculture, la production de paillage (litières d'animaux, engrais, vignes, toitures), la culture du sel sur le littoral, la tourbe, les produits maraîchers en bordure de zone ou sur les levées alluviales.
Dès le XVIe siècle, l'assèchement des marais est perçu comme une oeuvre civilisatrice, mais c'est bien avec les physiocrates que ces opérations prennent une dimension systématique. Les zones humides sont vues comme dangereuses, inhospitalières et sauvages. Pour les physiocrates, ces lieux, vestiges des pratiques féodales, n'ont plus de raison d'être dans le système économique. Ils sont des obstacles au développement de l'agriculture, qui s'érige alors en système de captation de richesses du sol et fait oeuvre de "salubrité". Dans les campagnes comme dans les villes, le traitement des miasmes sera l'occasion de quadriller, par des mesures de contrôle disciplinaire inédites, des espaces trop opaques d'où pouvait surgir le danger de la révolte. La zone humide est vue en tout cas comme un espace de "désolation". De manière générale, les communaux sont traduits, dans une véritable haine, comme des espaces "négligés", des "cloaques immenses", des "déserts lugubres et inféconds", ce qui permet en retour aux économistes et agronomes de poser comme une absolue nécessité la transformation de ces "friches" en parcelles individuelles rationnellement cultivées."

Dans "Être Forêts" de Jean-Baptiste Vidalou.

mercredi 29 mai 2019

Livre "Etre Forêts"


Je suis en train de lire "Etre Forêts" de Jean-Baptiste Vidalou, collection Zones, chez La Découverte (merci !) ; extraits ici d'un chapitre qui parle de "compensation carbone" et d'"unité de biodiversité". Dites, vous voulez pas qu'on sorte de cet enfer ?!

(Camille)








Chtite cueillette



mercredi 15 mai 2019

Se pencher ou lever la tête



Le figuier de Dalmatie en i entre les centranthes et les hémérocalles, cernés par le lilas et les petits ormes.

Et bien d'autres que notre vue à l'efficacité simplificatrice ne recense pas.

Se tailler des petits chemins d'accès, faire quelques sélections, le minimum. Mini fouillis multi-étagés qui transforment la lumière en habitat-monde.

Les images de livre sont prises dans "Le régal végétal" de François Couplan, merci. La nourriture est partout.






mardi 5 février 2019

Utiliser le mot Permaculture ? (suite)


Lien de la première partie de l'article, qui permet de comprendre ce qui est écrit ci-dessous : http://ciel-ou-vert.blogspot.com/2019/02/utiliser-le-mot-permaculture.html.



Je m'aperçois que j'ai négligé de mentionner clairement l'élément relationnel, social, de groupe... dans ce thème (merci Christophe !). 
Effectivement, si tout part de l'intérieur - sans quoi le monde n'existerait pas pour moi, pour vous -, nous sommes en relation. Dans le monde, nous sommes apparemment séparés et en même temps nous n'existons pas tout seul. Nous sommes même en relation avec la "microfaune" de "notre corps" qui "protège notre intégrité physique" (jusqu'à un certain point !).
Les relations humaines sont bien au coeur de ce thème. Les mots évoqués sont effectivement des mots derrière lesquels des êtres humains se regroupent, parce qu'on les créé pour traduire une façon d'organiser, de penser la vie ensemble justement. Notons qu'aujourd'hui la pensée de la vie ensemble n'intègre plus seulement les êtres humains, mais tous les éléments de la nature dont ils font partie car on se prend de plein fouet la réalité de l'interdépendance de tous ces éléments, humains compris (tiens, c'est étonnant, certains regroupements d'êtres humains sur la planète ont intégré cela depuis longtemps, sans recours à "nos" connaissances scientifiques, et sans la provocation de catastrophes écologiques).
Donc on crée des nouveaux mots du fait de cette réalité "nouvellement comprise" pour nommer de nouvelles façon d'aménager le fait qu'on n'est pas tout seul, qu'on a "besoin les uns des autres". 

Si on est en train d'intégrer la dimension non humaine dans le relationnel et dans l'organisation de la vie ensemble, nous n'avons toujours pas réglé nos problèmes relationnels entre êtres humains ! On est encore à la recherche de mots, de pensées, d'aménagements, à adopter, qui vont les régler. Dites, on ne serait pas toujours embourbé dans le même problème ?! 
Et il y a fort à parier que si l'être humain "résout" son problème relationnel avec ses semblables, il résoudra par là-même son problème relationnel global avec "le vivant" car c'est en fait le même état dysfonctionnel qui fait que l'on ne voit pas le vivant dans son semblable, et qu'on ne le voit pas dans tous les éléments de ce monde, non humains compris.

Or visiblement, parce qu'on commence à avoir un peu d'expérience en la matière, ça ne passe pas par une solution miracle à plaquer à une situation.

D'abord, qu'est-il alors ce "besoin les uns des autres" entre êtres humains mentionné plus haut ? Qu'est-ce que vous, vous, mettez derrière cette expression ? Questionnez-la pour vous-même réellement.
Je vais donner temporairement ici une forme de réponse "historique", plus globale (et très partielle !) :
Est-ce le besoin que les autres se conforment ?
Car souvent, dans les faits, ça s'est traduit par : 
Toi et moi, on marche ensemble pour s'en sortir. Mais il nous faut un contrat commun. Sinon j'ai trop peur que tu me fasses une entourloupe et que je ne m'en sorte pas. Il nous faut une entente, ok, mais comme j'ai peur que ce ne soit pas respecté, il faut que cette entente ait un règlement qui me donne le droit de te tuer - bon de t'emprisonner, si tu ne le respectes pas ("Comble-moi, rends-moi heureux et ne t'avise pas de me quitter, ok ?"). 
Puis, au final, comme nous sommes plus intelligents que les autres hein, ce règlement, nous en faisons une bannière que le monde entier devrait adopter. Il faut que l'autre "soit" comme on a envie qu'il "soit", qu'il se conforme. 
C'est absurde, on se rend malheureux depuis des temps immémoriaux avec ça.
On a l'impression de créer des super idées pour vivre ensemble : enfin, on a la solution pour pouvoir durer dans ce monde ! Vite, il faut que tout le monde sache ça et on est perdu si on n'applique pas les choses de cette façon !
Sauf que ce monde est impermanent, imparfait, conditionné, que nous ne sommes pas omniscients, etc. Donc on se trompe forcément quelque part.

Alors, de fait, on vit quand-même ensemble... Comment fait-on pour ça ?

C'est de là qu'on en vient à exprimer préalablement que si on est clair à l'intérieur, on est clair à l'extérieur. C'est la "première" étape (si on doit séquencer). Or, depuis que l'on "se" pense "soi-même", à l'échelle de l'évolution humaine, on n'est pas clair à l'intérieur et on le fait se manifester à l'extérieur.
On étend notre façon d'être au monde.
Qu'est-ce qu'on fait ? On se remplit de trucs, d'idées, d'objets, de pensées, en fonction de son propre contenu de vie, de son histoire, de son contexte, des émotions vécues et accumulées, etc.
Et puis, avec ce contenu et à partir de lui, on va dire que telle ou telle chose est mieux qu'une autre, on évalue, on fait des classifications... Et on se positionne, et on s'identifie, et on incarne des rôles, etc.
On crée un faux sens de soi. Et comme ce faux sens de soi est très fragile car il ne repose sur rien de solide, sur rien d'absolu (on pourrait même dire sur un foutoir bringuebalant), il se sent toujours menacé. Il faut toujours "se" défendre, "se" justifier ; et parallèlement, il faut chercher à "s"'étendre pour "se" renforcer en convainquant les autres, en acquérant de nouvelles choses, etc. 
Et, ultimement, il faut créer un truc absolu auquel tout le monde doit se conformer comme ça c'est plus simple ("Dieu" ?, les "Droits de l'Homme" ?, la "Permaculture" ?... - pour reprendre les mots évoqués dans le précédent article).

Si ça ce n'est pas nous, alors qui sommes-nous ? C'est justement la question qu'il y a à se poser... Et il n'y a pas de réponse arrêtée... C'est bien cela que l'on n'accepte pas. Ne pas pouvoir se définir. On passe ainsi son temps à combler un manque, en ajoutant des trucs.
Peut-on s'arrêter 2 secondes, et regarder ce "vide" ?
C'est justement en sentant, en voyant cet "espace" en soi, derrière les sens et le mental, que l'on vient au plus près de la "vie" indéfinissable, illimitée. 
Comme dit au début du post précédent, avec les mots, on ne peut pas traduire l'indicible. C'est la pensée humaine, la pensée n'est pas ce qu'on est. On est autre chose derrière ça. Il y a une autre dimension en nous qui englobe les pensées, les émotions, les sensations, les expériences, et qui les voit telles qu'elles sont.
Tant qu'on a peur, qu'on n'est pas à l'aise avec ce "vide", on se prive d'expérimenter le fait de prendre conscience des étiquettes que l'on colle partout, d'aller dans cet espace intérieur où on voit les choses de façon non conditionnée. Tout le monde "a" ça, tout le monde "est" ça. 
Au-delà des rôles que l'on joue, qui peuvent être celui de la personne infâme, ou celui de la personne infime, timide, inoffensive, qui a peur d'être moins bien et nourrit secrètement l'envie d'être supérieure... 
Cela suppose de partir de là où on est, dans le moment, en revenant toujours ici, dès qu'on est embarqué dans des projections, dans un vouloir qui n'est pas là, ou autre chose...

"Ensuite" (si on continue à séquencer), on fait le lien entre cet espace intérieur et l'incarnation dans le monde.
Et c'est là qu'on voit déjà que la plupart de nos relations sont faussées car on joue des rôles conditionnés, etc. Imaginez des "faux sens de soi" qui parlent entre eux ce que ça donne ! Et qui pensent dire des choses très intelligentes.
Donc on revient toujours au moment qui n'existe que maintenant, par cet espace de conscience, qui n'est pas dans la tête, qui n'est pas le raisonnement mental, mais qui est aussi sentir son corps, voir ses émotions, ses pensées, ses sensations. Les accepter sans les laisser nous embarquer dans une histoire qui nous ferait dire par exemple : je suis malheureux parce qu'on m'a attaqué, donc j'attaque, j'ai le droit du coup, etc. Le "malheur" est "mon histoire malheureuse", une fiction que j'entretiens. Ce qui est réel cela peut-être des faits réels, un coup que l'on a pris, un inconfort, une douleur, de la souffrance, une émotion lourde qui fait mal dans la poitrine... Ce sont des émotions, des choses, des pensées, que l'on entretient si on les grave dans le marbre. Or, on est capable de transmuter cela, d'aller au-delà de ce qui n'est pas soi.
Ce n'est pas du contrôle mental, un truc qu'on se met dans la tête dans le but de devenir "parfait", ni du stress... C'est une sorte de vigilance calme de l'instant. Mais paradoxalement ce qui peut aider c'est de laisser aller, ne pas se préoccuper de ce qui se passe, et revenir à la sensation de vie à l'intérieur du corps, qui n'est pas une sensation par les sens pourrait-on dire, c'est au-delà, cela ramène à la "conscience" (je peux mettre un autre mot qui me permet d'appréhender cette réalité).
De là, on revient au monde et à la situation qui est en train de se dérouler, et on peut éventuellement poser un geste à partir de cet espace d'intelligence. C'est simplement à expérimenter.

Tout ceci n'est pas un repli sur soi, et ne nous empêche pas d'élaborer des moyens de s'organiser à plusieurs. Nous partons alors de l"'intelligence" telle qu'elle est décrite plus haut, et nous ne partons pas d'un concept que nous essayons de coller à une situation, concept qu'on nous a peut-être vendu, puis que nous essayons de revendre à notre tour, avec tout ce qu'on y a mis de "soi", qu'il faudra donc faire attention à défendre, etc.
Et nous pouvons prendre du plaisir à être ensemble et à créer. Parce qu'il n'est question que de ça. Il n'y a rien de figé dans le monde, c'est une vue de l'esprit, l'univers est un processus constant. Donc nous sommes tout le temps en train de créer. Et si nous voyons clairement tout ce qui nous gêne pour ça, ce qui fige, ce qui fascine de façon "morbide", les mots, les pensées qui viennent nous prendre toute notre attention, en disant : " Coucou ! Regarde comme je suis importante !", eh bien qui sait ce que nous ferons ? 
Sans mettre une pensée là-dessus, car cela n'existe pas ce que l'on fera, et il est vain d'essayer de faire de la suggestion pour quelque chose qui n'est pas là, mais on sait déjà en expérimentant que cela permet de commencer à sortir des vieux schémas réactionnels conditionnés que l'on se traîne. Et déjà, rien que de les voir, même s'ils sont encore très souvent là, c'est un pas très important par rapport à l'état d'"inconscience" qui prime depuis des années et des années.

Ce qui est important c'est la façon de se comporter vis-à-vis de la pensée, plutôt que la pensée en elle-même. La pensée est outil, or on fait de cet outil une fin en soi et on s'en sert "mal". Et ce qui se passe c'est que les "personnes vivantes", on s'en sert comme des outils, à jeter éventuellement s'ils ne sont pas conformes à ce qu'on voudrait. On ne voit plus le vivant, on préfère même parfois le mot à la personne - c'est l'abominable aberration. 
Elle est pratiquée bien sûr en masse à l'échelle collective, de façon encore plus désincarnée, mais aussi à l'échelle individuelle, dans "nos petites vies" - peut-on le voir ?

Ce n'est pas écrit à l'avance ce qu'on fera ensemble. Simplement, on ne peut pas partir d'une idée, qui n'existe qu'en pensée, en se disant qu'on fera le bien avec cette idée. "La route vers l'enfer est pavée de bonnes intentions", dit-on. C'est ce qu'on a toujours fait, et on a le monde qu'on a.
Partons de l'intérieur, clarifions, voyons-nous nous-mêmes et allons dans le monde vers les autres et voyons ce que l'on est en train de faire ensemble. Chaque moment est tout petit. La grandeur des évènements est une vue de l'esprit. Soyons à chaque moment vigilants, attentifs au signe qui nous invite à nous reposer :
qui suis-je ?        - vide -
Ceci n'est pas une nouvelle croyance à adopter, est-on simplement prêt à l'expérimenter ?

Effectivement, derrière le mot permaculture, il y a des expériences réelles de partage, de création de communauté pour s'organiser et vivre, qui se questionnent. 
Ce, d'une façon beaucoup plus horizontale entre les personnes, et autonome, que ce qu'on peut connaître dans un schéma d'Etat classique qui perçoit l'impôt et pourvoit aux "besoins" (aujourd'hui plutôt assimilés à la consommation, l'administré étant rendu passif par la politique menée et vu comme un consommateur et un individu isolé). 
Cela concerne le politique, au sens de l'organisation de la vie de la cité.
S'intéresser au concept de permaculture, cela peut donc être une rupture, une remise en question (par rapport à la condition de consommateur et d'individu isolé), si nous portons réellement notre attention sur des questions comme : qui sommes-nous dans ce monde (par rapport à la "nature" qui n'est en fait pas distincte) ?, quels sont nos besoins réels ?, quelle responsabilité prenons-nous par rapport à ceux-ci et par rapport à notre impact dans le monde ?, comment envisageons-nous la communauté, les relations, les "autres" ?... (avec toujours présent à l'esprit : qu'est-ce qui m'anime à l'intérieur au moment où je me pose cette question ? ou au moment où je pose un geste ?).


Camille



vendredi 1 février 2019

Utiliser le mot Permaculture ?


Il y a des phases d'expansion, il y a des phases de retour. Comme dans la respiration, comme dans l'expansion de la forme physique et son retour... L'hiver est un moment propice au retour, à la concentration de l'énergie à l'intérieur. Je pourrais concrètement hiberner l'hiver. Avant de reparler des activités associatives en cours et projetées, une petite plongée maintenant dans ce qui peut émerger de l'espace du non agir.


Certains mots, expressions, concepts ont une histoire assez semblable, plus ou moins longue. Ils sont créés dans un contexte pour traduire une pensée spécifique, souvent nouvelle dans l'esprit humain à ce moment-là, et puis peu à peu le mot en lui-même devient si important, si fascinant, qu'il est utilisé comme s'il se suffisait à lui-même. On prononce le mot magique, et l'on pense que c'est une réalité à part entière. Certains mots en viennent même à asseoir d'autres fins, éloignées de la réalité que l'on prétendait indiquer à travers lui. C'est la bizarrerie de notre monde.

Les mots ne sont pas la réalité (et même la réalité est un mot !). Ils introduisent toujours une forme de dualité propre au mécanisme humain de la pensée.
En fait, les mots sont eux-mêmes des pensées, ce sont des outils pour nous. Les outils sont formidables pour les êtres humains et le monde, dont nous sommes partie intégrante. Ils ne sont pas un problème. Ce qui importe c'est l'usage que l'on en fait. Le monde que l'on créé dépend toujours de comment on utilise l'outil, qui ne se suffit pas lui-même, aussi formidable soit-il.

Avec le mot Permaculture, en France, ça a été assez fulgurant. Il a mis près de 40 ans à être importé, avec ce qu'il recouvre, et en quelques brèves années, il est aujourd'hui très souvent vidé de son sens : c'est-à-dire qu'il est fréquemment brandi, sans même vraiment savoir à quoi on fait allusion en l'utilisant.

Je n'emploie plus le mot permaculture, sauf pour des raisons pratiques, pour me faire comprendre ou désigner directement le concept. Ce n'est pas une nouvelle posture dogmatique qui viendrait remplacer la précédente, le mot n'est simplement pas important en lui-même. Utiliser une étiquette, si on n'a pas conscience que c'en est une au moment où on l'utilise, crée de la confusion dans l'esprit, et on finit par s'identifier à quelque chose qui n'est pas réel et qui vient alimenter un faux sens de soi. S'ensuivent des schémas habituels qui fonctionnent sur l'antagonisme, bien rodés chez notre espèce.

Ce concept élaboré par Bill Mollison et David Holmgren en Australie, à la fin des années 70, issu pourrait-on dire d'une forme de pensée humaniste qui intègrerait les relations horizontales entre êtres humains, et la relation êtres humains - nature, désigne une réflexion, une méthode pour concevoir, de façon très pratique et concrète, des systèmes humains respectueux de l'éthique suivante : "prendre soin de la Terre ; prendre soin des êtres humains ; produire des choses essentielles à nos besoins et en partager les surplus".
Ce, afin que les façons de faire humaines soient "permanent", c'est-à-dire qui autorisent l'idée, l'espoir, que nous puissions encore un jour habiter sur cette planète sans tout détruire avec nos procédés.
C'est parti d'une application de cette pensée-méthode au domaine particulièrement destructeur de l'agriculture telle qu'elle était pratiquée à l'époque et encore aujourd'hui, pour rapidement s'étendre à plein d'autres domaines qui recouvriraient en fait nos besoins (habitat, énergie, santé...), sous le vocable devenu "culture".
Cela veut montrer que c'est très possible de mettre en oeuvre des conceptions qui ne nous abîment pas (le nous étant inclus dans la nature), avec des solutions concrètement réalisables.
De là, c'est un peu "open source", avec toute technique, outil, bienvenu qui répondrait aux principes et à l'éthique proposés.

Souvent, quand une idée est "bonne", on s'engouffre dedans massivement comme d'un seul homme. L'Homme est toujours à la recherche d'un nouveau Dieu, créé par lui. 

Il ne s'agit pas de nier la réalité impulsée par ce mot, qui s'accompagne d'une pensée et de travaux très inspirants, et qui se traduit par plein de nouvelles activités en France et partout dans le monde, qui pour une large part ne sont pas du tout de l'esbroufe, mais bien des façons de faire, de vivre sur la planète qui se questionnent, s'expérimentent. Des connaissances et techniques utiles se transmettent, nouvelles ou oubliées - ceci n'est pas nié, et c'est enthousiasmant !

Mais, faire du mot permaculture un étendard, comme si c'était le bien incarné (en exagérant légèrement, pardon), c'est reposer éternellement le même état dysfonctionnel humain.

Ou alors quand on dit "faire de la permaculture", cela ne veut en soi rien dire. Cela peut sous-entendre faire le bien pour la planète ?, ou faire du jardinage en laissant pousser des herbes folles ?..., ou autre chose.
Ce qui a du sens c'est la réalité du moment qu'on appréhende consciemment. On est en train de discuter avec des gens pendant qu'on met les mains dans la terre et qu'on observe la microfaune, par exemple, ou, on est en train de dessiner à plusieurs une image d'un rêve que l'on essaie de traduire, ou...

Il n'y a aucun mot à défendre. Il n'y a pas plus de mot à attaquer. Les mots ont un usage pratique, on peut en trouver certains beaux aussi. Ils sont des obstacles quand nous y investissons quelque chose (une identification, une position mentale...) qui nous empêche d'expérimenter directement la réalité qu'ils seraient censés désigner. On se fait croire des choses, on se raconte des histoires. Demandons-nous toujours quelle réalité les mots que nous utilisons recouvrent, ne nous laissons pas endormir par notre propre berceuse. Les mots ne sont pas très précis, ce ne sont au mieux que des panneaux indicateurs, mais dès qu'ils prennent un côté sanctuarisé, c'est un signe qu'il y a là quelque chose de surinvesti. Et nous nous éloignons alors de l'intelligence lucide du moment, qui nous fait voir la réalité telle qu'elle est.

On a fait la même chose avec le mot "Dieu", avec l'expression "Droits de l'Homme", et des tas d'autres. J'ai côtoyé des gens qui consacrent de nombreuses années, voire "toute leur vie", au combat pour faire avancer les droits humains, et dès qu'ils se retrouvent dans des rapports réels d'humain à humain se comportent comme si ce qu'ils mettent derrière cette expression n'existe en fait pas, ou ne les concerne pas,  en massacrant ne serait-ce que symboliquement par une phrase, un regard, un jugement, par exemple, la personne qu'ils ont en face d'eux. Quand on fait cela ce n'est pas anodin (même si à ce moment-là on ne s'est pas servi d'un kalashnikov), car à ce moment-là on ne voit plus le vivant en l'autre, et c'est le principal dysfonctionnement humain. Par contre, on peut continuer à se raconter qu'on a gagné tel combat et se barder de l'étiquette du "bien". Avec les activités dans le domaine de la permaculture, ou de l'agroécologie, ou autre, c'est plus soft, on ne convoque pas forcément l'idée du "combat", mais on peut tomber dans le même piège de se penser "supérieur", "plus conscient", "plus malin", mieux quoi. Et cela n'empêche pas de vouloir sincèrement "faire bien pour la planète". C'est simplement une vue de l'esprit. On peut par exemple diffuser de l'information, partager des choses, sans se positionner mentalement de la façon décrite.

Parce qu'on aura beau s'agiter dans tous les sens et faire ce que l'on veut, élaborer n'importe quelle "stratégie", avoir l'analyse la plus intéressante possible, on est perdu si l'on ne regarde pas avec lucidité à l'intérieur de soi-même. Par quoi est-on animé dans le moment ? La racine est là. A-t-on suffisamment de discernement dans le moment pour examiner l'ensemble de la situation ? Nous ne sommes pas omniscients dans ce monde, nous sommes même très limités, malgré nos réelles prouesses techniques. L'illusion est de chercher à tirer notre discernement de l'extérieur. Ce n'est pas quelque chose qu'on va obtenir, par des concepts par exemple. Les choses du monde sont instables et impermanentes. Par contre, c'est en allant dans l'espace de sa conscience, que l'on a tous à l'intérieur de soi, qui est illimitée, que l'on peut, par exemple, distinguer un fait d'une opinion, voir les pensées (+ les émotions, + les sensations) comme telles, voir que l'on est en train de créer de la souffrance ou pas, voir l'illusion que peut procurer une "étiquette", utiliser une "bonne idée", un outil, sans l'investir d'un sens de soi...

Il n'y a pas de recette qui permettrait de se passer de l'intelligence appropriée à chaque situation. L'intelligence ce n'est pas celle qui se cantonnerait à l'intelligence de la tête et des raisonnements alambiqués, le mental est encore un outil. C'est voir, entendre, sentir, ressentir... au-delà des sens, qui sont le premier vecteur (du monde extérieur), et en-dehors des identifications, étiquettes, positions mentales (qui jaillissent à l'intérieur).

C'est cet état intérieur qui prime, et c'est de là que découle tout le faire qui n'est que secondaire. Souhaite-t-on la "permanence" du monde ? En réalité, l'idée de permanence traduit un réflexe sécuritaire, une résistance au changement. L'idée de durabilité aussi. Or, le monde, l'univers est un processus, sans cesse soumis au changement. Ce que l'on cherche c'est à y vivre harmonieusement en épousant la vague de la vie et en évitant d'ajouter de la souffrance inutile à l'héritage existant de souffrance.
Nous n'avons pas besoin de nous barder de concepts, mais juste à regarder en nous, et éventuellement après, faire quelque chose qui part de cet élan (et qui peut passer par l'utilisation pratique d'un concept).
Or nous sommes nombreux à faire plus attention à ce qui se passe à l'extérieur (ce qu'on fait, etc., les trucs, le monde), que voir notre état intérieur du moment.
De là découle le monde. Et il prend une certaine couleur.

Pour finir en cet instant, le mot permaculture n'est pas un problème, c'est juste un mot.


Camille


vendredi 30 novembre 2018

Présent !


Partage, par Camille, d'écrits d'Eckhart Tolle sur l'état de présence. Plus l'identification à la pensée, au mental, au "faux moi", se joue dans les aventures collectives, comme dans toute aventure, plus la communication entre les personnes se complique. Au lieu d'être des simples outils pratiques, ce qu'ils sont, ces éléments deviennent des choses à défendre, sous peine de perdre son "identité". Des problèmes, des conflits surviennent. Ceci n'est pas mal. C'est juste là pour apprendre à se sortir de ces situations, comme on chercherait naturellement à se sortir d'un bourbier, plutôt que de vouloir à tout prix y rester ! Ces situations sont pourtant vouées à se répéter tant que l'on n'a pas compris ce qui en est à la source en soi. Commencer à voir et se détacher de ces schémas habituels d'identification, être de plus en plus présent à ce qui est, permet de franchir un cap, pour soi-même, puis pour élaborer des choses ensemble. Avec l'association Ciel-ou-vert, une proposition d'ateliers de la présence est en germination, en plus des autres rendez-vous habituels mentionnés dans l'agenda. Quelques aménagements pratiques d'accueil sont en cours. Pour l'instant, on vous dit simplement bonne lecture et à bientôt !





HOP :


"Les dogmes - religieux, politiques, scientifiques - naissent de la croyance erronée selon laquelle la pensée peut englober la réalité ou la vérité. Ils sont des prisons conceptuelles collectives. Le plus curieux, c'est que les gens adorent leur cellule, car elle leur donne un sentiment de sécurité et la fausse impression de savoir.
Rien n'a infligé à l'humanité plus de souffrance que ses dogmes. Tout dogme finit tôt ou tard par s'effondrer, oui, car la réalité finit par révéler sa fausseté ; mais si l'on n'en voit pas l'illusion fondamentale, il sera remplacé par d'autres.
Quelle est cette illusion fondamentale ? L'identification à la pensée."

(...)

"Le domaine de la conscience est trop vaste pour être saisi par la pensée. Lorsque vous ne croyez plus tout ce que vous pensez, vous sortez de la pensée pour voir clairement que le penseur n'est pas votre être essentiel."

(...)

"Chaque fois que vous portez attention à un élément naturel parvenu à l'existence sans intervention humaine, vous vous délivrez de la pensée conceptuelle et participez, dans une certaine mesure, au lien avec l'Être où existe encore tout ce qui est naturel.
Pour porter attention à une pierre, à un arbre ou à un animal, il ne s'agit pas d'y penser, mais de le percevoir, de l'entretenir dans votre conscience.
Une part de son essence vous parvient alors. Lorsque vous sentez le calme de cet être, ce calme émerge en vous. Vous le sentez reposer dans l'Être - uni à sa nature et à son espace. En prenant conscience de cela, vous arrivez, vous aussi, à un espace de repos au fond de vous."

"En vous promenant, en vous reposant dans la nature, accordez-lui votre respect par une présence entière. Soyez calme. Regardez. Ecoutez. Voyez comme chaque animal, chaque végétal est tout à fait lui-même. A la différence des humains, il ne s'est pas scindé. Comme sa vie ne dépend pas d'une image mentale de lui-même, il ne se soucie pas de la protéger ni de l'améliorer. Le cerf est lui-même. La jonquille est elle-même.
Tout, dans la nature, est uni non seulement en soi, mais aussi à la totalité. Rien ne s'est retiré de la trame de l'univers en proclamant une existence séparée : "moi" et le reste de l'univers.
La contemplation de la nature peut vous libérer de ce "moi", le grand fauteur de troubles."

(...)

"Comme vous n'avez pas créé votre corps, vous ne pouvez contrôler ses fonctions. Une intelligence plus grande que le mental humain est à l'oeuvre. Cette même intelligence soutient la nature entière. Pour vous en rapprocher davantage, il vous suffit de prendre conscience de votre propre champ d'énergie intérieur - cette vitalité, cette présence stimulante dans le corps."

Eckhart Tolle dans Stillness speaks, 2003 (titre traduit dans l'édition française par L'art du calme intérieur - bof, bof... sans jugement aucun ;)).

[Avec un grand, grand parfum de Jiddu Krishnamurti :)]

[Et un autre parfum vient : "Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable", oui Stig Dagerman... Et oui... l'illusion du temps : "Je soulève donc de mes épaules le fardeau du temps et, par la même occasion, celui des performances que l'on exige de moi. Ma vie n'est pas quelque chose que l'on doive mesurer." in Notre besoin de consolation est impossible à rassasier]




HOP :

"Dès que vous dépassez le plan de la survie, les questions du sens et de la raison d'être se mettent à avoir une importance primordiale dans votre vie."

(...)

"Aussi longtemps que vous serez inconscient de l'être, vous chercherez une signification seulement dans la dimension du faire et du futur, autrement dit dans la dimension du temps. Et toute signification ou satisfaction se transformera en déception à un moment donné et sera invariablement détruite par le temps. La signification que nous trouvons sur ce plan n'est que relativement et temporairement vraie.
Par exemple, si l'éducation de vos enfants donne un sens à votre vie, que se produira-t-il lorsque ceux-ci n'auront plus besoin de vous ou ne vous écouteront plus ? Si le fait d'aider les autres donne un sens à votre vie, vous dépendez des autres plus que de vous pour continuer à donner un sens à votre vie et à vous sentir bien. Si c'est le désir d'exceller, de faire et de réussir qui donne un sens à votre vie, que se passera-t-il si vous ne réussissez jamais ou si votre bonne étoile vous abandonne un jour, comme cela se produira probablement ? Il vous faudra alors recourir à vos souvenirs et à votre imagination, compensation bien maigre pour donner un sens à votre vie. "Réussir" dans un domaine quelconque n'a de sens que si des milliers ou des millions de gens ne réussissent pas. Il faut donc que d'autres êtres humains échouent pour que votre vie ait un sens.
Je ne dis pas qu'aider les autres, prendre soin de vos enfants ou viser l'excellence soient des choses sans valeur. Pour bien des gens, ces activités constituent une importante partie de leur raison d'être dans le monde concret. Mais cette raison d'être extérieure est toujours relative, instable et impermanente. Cela ne veut pas dire qu'il faut vous abstenir de vous engager dans ces activités. Cela veut dire que vous devez les harmoniser avec votre raison d'être première et intérieure pour donner un sens plus profond à ce que vous faites.
Si vous ne vous alignez pas sur votre raison d'être première, tout objectif que vous vous donnerez, même si c'est de créer le paradis sur Terre, sera un produit de l'ego et sera détruit par le temps. Tôt ou tard, il mènera à la souffrance. Si vous ne tenez pas compte de votre raison d'être profonde, peu importe ce que vous ferez, même si cela a l'air de nature très spirituelle, l'ego s'immiscera dans le comment et le moyen viendra corrompre la fin. Le dicton qui dit que "La route vers l'enfer est pavée de bonnes intentions" met le doigt sur cette réalité. Autrement dit, ce ne sont ni vos activités ni vos objectifs qui sont primordiaux. C'est l'état de conscience dont ils émanent qui l'est. L'accomplissement de votre raison d'être première jette les bases d'une nouvelle réalité, d'une nouvelle Terre. Une fois que les bases sont là, votre raison d'être extérieure prend une forte coloration spirituelle étant donné que vos objectifs et intentions ne font qu'un avec la pulsion évolutive de l'univers."

(...)

"Ne laissez pas un monde de folie vous dire que la réussite est autre chose qu'un moment présent réussi."

Eckhart Tolle dans A New Earth, 2005 (Nouvelle Terre).


HOP :

"Dès l'instant où vous prenez conscience que vous n'êtes plus présent, vous l'êtes. Chaque fois que vous pouvez observer votre mental, vous n'êtes plus pris à son piège. Un autre facteur est entré en jeu, quelque chose qui n'appartient pas au mental, la présence en tant que témoin."

(...)

"Voyez si vous pouvez en même temps être en contact avec votre corps subtil. Maintenez une partie de votre attention vers l'intérieur. Ne la laissez pas se tourner entièrement vers l'extérieur. Sentez votre corps entier de l'intérieur, comme un seul et unique champ énergétique. Comme si vous écoutiez ou lisiez avec tout votre corps."

Eckhart Tolle dans The power of now, 1999 (Le pouvoir du moment présent).




Hop, hop, hop, hop, hop...